VENDREDI 10 AVRIL 2026 RETOUR À LA UNE

Le Surréalisme en Mouvement : Quand Spike Jonze redessine On

Quand la rigueur suisse de On percute le surréalisme de Spike Jonze : "Dream Together" délaisse le bitume et la performance froide pour une odyssée onirique où Zendaya ne court plus pour un chrono, mais pour habiter nos rêves.

En confiant la réalisation de "Shape of Dreams" à Spike Jonze, la marque suisse On ne s'est pas contentée d'enrôler une égérie mondiale avec Zendaya ; elle a accepté de voir son héritage de performance pure se dissoudre dans une transe onirique et burlesque. Chez Kérosène, on analyse ce virage comme une rupture avec les codes habituels du sportswear : on quitte le bitume et la sueur pour entrer dans une géométrie des rêves où la chaussure n'est plus un outil, mais un artefact de lévitation.
Le film s'éloigne du lissage numérique pour embrasser une esthétique de l'artisanat surréaliste. Jonze utilise des techniques rappelant le stop-motion, insufflant au mouvement de Zendaya une texture tactile et saccadée. On y retrouve l'influence directe de Charlie Chaplin : cette démarche de pantin, ce corps muet qui semble se battre avec la physique avant de la dompter. Comme dans un épisode de Chapi Chapo, Zendaya évolue dans un univers de formes géométriques élémentaires et de couleurs primaires, transformant la piste d'athlétisme en un théâtre d'objets modulaire. C’est une célébration du geste "bricolé", où l'humain reprend le dessus sur la machine par l'absurde.
L'approche de Jonze ici est résolument Gondry-esque. On est dans le "fait main" assumé, où les décors semblent découpés et assemblés sous nos yeux. Cette vulnérabilité visuelle crée un contraste saisissant avec la précision helvétique de la marque. La chaussure n'est plus montrée sous un angle technique froid ; elle devient l'accessoire d'une chorégraphie liquide. Ce mélange de rigidité géométrique et de fluidité onirique raconte une nouvelle histoire : celle d'une technologie qui ne cherche plus à dominer la nature, mais à accompagner nos dérives imaginaires.
Le véritable moteur de cette mutation est la partition sonore. La musique n'accompagne pas l'image, elle la génère, agissant comme un métronome pour l'imaginaire. Contrairement aux bandes-son percussives qui saturent souvent le secteur, on est ici plongé dans une nappe hypnotique, à la fois vaporeuse et organique, qui dicte le rythme de chaque foulée saccadée. Ce solfège sonore crée une tension fascinante avec la technicité de la "CloudTec" : la chaussure, objet d'ingénierie par excellence, devient immatérielle.
"Shape of Dreams" marque l'avènement d'une nouvelle ère où l'ingénierie suisse ne cherche plus à convaincre par la preuve, mais par l'enchantement. En laissant Spike Jonze injecter son ADN surréaliste, chaplinien et artisanal dans ses collections, On réussit le tour de force de rendre la performance désirable pour sa dimension poétique plutôt que pour son efficacité mécanique. C'est propre, c'est beau, et c'est la preuve qu'en 2026, la meilleure façon de vendre de la technique est de nous faire oublier qu'elle existe au profit d'une émotion pure.